Lire le niveau sonore d’une pompe à chaleur sans confondre Lw et Lp

Lire le niveau sonore d'une pompe à chaleur sans confondre Lw et Lp

Un conseil syndical compare deux offres de pompe à chaleur pour son immeuble. Sur la première fiche technique, le niveau sonore annoncé est nettement plus élevé que sur la seconde, et la discussion semble pliée. Elle ne devrait pas l’être. En lisant les petites lignes, on s’aperçoit que le premier chiffre est une puissance acoustique, le second une pression acoustique relevée à plusieurs mètres de l’appareil. Les deux s’expriment en dB(A), et pourtant ils ne se comparent pas.

Deux grandeurs qui partagent la même unité

La puissance acoustique, notée Lw, est une caractéristique propre de l’appareil, au même titre que sa puissance thermique. Elle décrit l’énergie sonore que la machine émet, où qu’on la pose. C’est la valeur que le fabricant indique dans sa documentation, et la seule qui permette de mettre deux modèles face à face, à régime de fonctionnement comparable.

La pression acoustique, notée Lp, correspond à ce que l’on entend en un point donné. Elle dépend de la distance à la source et de tout ce qui entoure l’appareil : murs, sol, angles, obstacles. Une même machine produit donc autant de pressions acoustiques qu’il y a de positions d’écoute. Un Lp donné sans distance ni conditions de mesure ne renseigne à peu près sur rien.

La puissance acoustique sert à choisir un appareil, la pression acoustique à juger une implantation. Les confondre revient à comparer la puissance d’une ampoule avec la lumière qui arrive sur une table, à l’autre bout de la pièce.

Ce que la distance fait gagner, en théorie

En champ libre, c’est-à-dire loin de toute surface réfléchissante, doubler la distance fait baisser le niveau d’environ 6 dB. L’AFPAC (Association française pour les pompes à chaleur) en donne une illustration : 54 dB(A) à 2 mètres deviennent 48 dB(A) à 4 mètres. En prolongeant le raisonnement, on approcherait 42 dB(A) à 8 mètres.

La règle explique pourquoi la position de l’unité extérieure par rapport aux fenêtres pèse autant que le modèle retenu. Gagner quelques mètres sur la fenêtre la plus proche rapporte parfois davantage qu’un passage à la gamme supérieure. Mais le champ libre est une situation idéale, que l’on rencontre rarement sur un toit parisien et jamais au fond d’une cour.

Un mur, un angle, une cour : le décor modifie le chiffre

Une surface proche renvoie une partie du son vers l’auditeur. Contre un mur, il faut compter environ 3 dB de plus ; dans un angle, environ 6 dB. Loger une unité dans le coin d’une terrasse pour la soustraire aux regards peut donc annuler le bénéfice d’un doublement de distance.

La cour fermée est la configuration la plus défavorable. Ses parois se renvoient le son et créent une réverbération qui accentue le niveau, comme le rappelle la Fédération française du bâtiment. Dans un immeuble ancien, où les pièces calmes donnent souvent sur cour, c’est précisément là que l’on est tenté d’installer la machine, faute de place ailleurs, et là qu’elle sera le plus entendue la nuit.

Reste le nombre d’appareils. Les décibels ne s’additionnent pas arithmétiquement : deux sources identiques produisent 3 dB de plus qu’une seule, et dix sources identiques 10 dB de plus. Une offre qui prévoit deux unités extérieures se lit avec ce correctif en tête.

Mis bout à bout, ces effets donnent la mesure de l’enjeu. Reprenons l’exemple de l’AFPAC, une unité à 54 dB(A) à 2 mètres en champ libre. À 8 mètres de la fenêtre la plus proche, elle descendrait vers 42 dB(A). Calée dans un angle à la même distance, elle remonterait vers 48 dB(A), et deux unités côte à côte dans ce même angle ajouteraient encore 3 dB. Entre la première et la dernière configuration, l’écart atteint 9 dB à la même fenêtre, avec le même modèle de machine.

Que demander avant de comparer deux offres ?

Pour chaque proposition, trois informations permettent de lire les chiffres correctement :

  • la puissance acoustique Lw au régime de fonctionnement prévu, y compris la nuit, et pas seulement au régime le plus favorable ;
  • pour toute pression acoustique annoncée, la distance et les conditions de mesure ;
  • une estimation du niveau au droit des fenêtres les plus exposées, qui tienne compte des murs, des angles et de la cour.

Ce dernier point ne relève plus du catalogue mais de l’étude. C’est l’angle retenu par Pari Froid Solutions, bureau d’études indépendant, dans son article sur le niveau sonore d’une pompe à chaleur en copropriété : le bruit perçu y dépend autant de l’endroit où l’on pose la machine, de la forme des cours et des toitures et de la saison que de l’appareil lui-même. Pour un premier débroussaillage, l’AFPAC a aussi publié des fiches techniques intitulées « Pompes à chaleur et environnement acoustique », ainsi qu’un outil d’évaluation du risque de nuisance acoustique au voisinage.

Avant toute discussion sur les décibels, vérifiez que les deux fiches parlent de la même grandeur. Si l’une donne un Lw et l’autre un Lp à quelques mètres, demandez la puissance acoustique des deux, au même régime : c’est la seule base de comparaison honnête, et c’est le fabricant qui la publie.